
Texte 1
Stella
Victor Hugo, Jersey, juillet 1853
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Texte 2
Les chiens de Sarajevo
...Dans la seule pièce encore intacte de leur appartement, un vieux couple avait gardé une chienne et un chat trouvés mourants dans la rue au début du siège. Ils pensaient qu’après quelques semaines, lorsqu’ils iraient mieux, ils pourraient les relâcher. Un an plus tard, ils étaient toujours avec eux. Nadja et Thomaslov partagaient avec ces animaux les maigres rations qu’ils arrivaient à se procurer de temps en temps. Le chat préférait le lait en poudre des colis humanitaires français- « c’est un marquis » disaient-ils en riant-,mais, quand il avait vraiment faim, il acceptait les rations américaines que l’on trouvait un peu plus facilement. La chienne avait eu sept petits chiots devant l’immeuble. Cinq avaient survécu parce que les résidents leur apportaient des restes quand ils pouvaient. « Nous prenons soin d’eux parce que nous avons besoin de sentir que quelque chose vit autour de nous. Nous donnons à manger aux oiseaux aussi dès que nous le pouvons. Cela nous rappelle la paix. Vous savez? La paix normale, la paix de tous les jours, comme avant. Il faut s’accrocher et croire que nous allons survivre. » Cela se passait à Sarajevo, en 1993. Au milieu du cauchemar, quand on manque de tout, il reste encore ceci : la relation affective, même avec un chien. Pouvoir encore donner. Pour se sentir humain. Sentir qu’on compte encore pour quelqu’un. Et c’est plus fort que la faim, plus fort que la peur.
Guérir David Servan-Schreiber
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Texte 3
Le soir suivant, alors qu’elle était prête, dans une robe mise pour la première
fois, il
téléphona qu’une réunion imprévue le retenait au Palais mais qu’il viendrait
certainement
demain soir. Alors, sanglots à plat ventre sur le sofa. Tout ce travail pour
rien, et cette
robe si réussie, et elle tellement en beauté ce soir!
Soudain debout, elle arracha la merveilleuse robe, la déchira, la piétina, donna
un coup de
pied au sofa. Sale type, il le faisait exprès, c’était pour se faire aimer
davantage, elle en
était sûre! Le voir demain, elle s’en fichait, c’était ce soir qu’elle le
voulait! Oh! Elle se
vengerait demain, elle lui rendrait la pareille! Sale bonhomme!
À la cuisine, demi-nue, elle se gorgea de confiture pour se consoler, des
cerises noires,
puisées avec une cuillère à soupe. Ensuite, dégoûtée de confiture, elle pleura,
puis monta
au deuxième, reniflante. Devant la glace de la salle de bains, elle s’enlaidit
pour supporter
son malheur, déshonora ses cheveux, se fit un visage de clown avec trop de
poudre et un
bâton de rouge fortement appuyé sur les joues.
À dix heures, il téléphona de nouveau, dit que la réunion avait duré moins
longtemps qu’il
n’avait pensé et qu’il serait chez elle dans vingt minutes. Oui, mon seigneur,
je vous
attends, dit-elle. Le téléphone raccroché, elle tourbillonna, baisa ses mains.
Vite un bain,
vite se démaquiller, se recoiffer, redevenir belle, passer une robe presque
aussi belle,
cacher la déchirée, demain elle la brûlerait, non ça sentirait trop mauvais eh
bien elle
l’enterrerait dans le jardin! Vite, le seigneur allait venir, et elle était sa
belle!
BELLE DU SEIGNEUR
Albert Cohen
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